Liberté d'expression et management

La parole libérée permet l'accès à une information terrain, de qualité, fraîche et si le mécanisme de remontée est vraiment performant, elle peut s'intégrer dans une démarche stratégique de Knowledge Management.

Liberté d'expression et management
Photo par Volodymyr Hryshchenko / Unsplash

Vous avez dit liberté ET expression ?

Liberté : "situation de quelqu'un qui se détermine en dehors de toute pression extérieure ou de tout préjugé". (Larousse)

...ou encore...

Liberté : "situation psychologique de quelqu'un qui ne se sent pas contraint, gêné dans sa relation avec quelqu'un d'autre". (Larousse)

...quant à l'expression...

Expression : "action d'exprimer quelque chose, de le communiquer à autrui par la parole, le geste, la physionomie, etc." (Larousse)

On l'aura donc compris, la liberté appliquée à l'expression relève de : la possibilité d'exprimer quelque chose, de le communiquer en se trouvant dans une situation dépourvue de pression extérieure, et conservant l'individu dans une situation psychologique sans contrainte ni gêne.

Quels enjeux relatifs à la liberté d'expression en entreprise ?

Comme évoqué en partie définition, l’enjeu principal de la liberté d’expression est de permettre aux collaborateurs de se retrouver dans une situation de sécurité psychologique suffisante pour exprimer un point de vue qui pourrait venir servir les activités de l'entreprise, l'amélioration de son organisation, ou encore les relations inter ou intra service.

Bien que cela puisse sembler très RSE, au sens social du terme, c'est un sujet qui peut relève véritablement de la qualité stratégique de l’entreprise, et qui dépasse le simple aspect académique du bien-être au travail. C'est donc une notion beaucoup plus puissante qu’il n’y paraît au premier abord.

Mais pourquoi ?

Parce que le collaborateur, qui est au contact quotidien des parties prenantes, qu'elles soient internes ou externes à l'entreprise, a un accès plus poussé à l'information que le reste des collaborateurs des échelons supérieurs.

Quelle est donc l’idée ?

La parole libérée permet l'accès à une information terrain, de qualité, fraîche et si le mécanisme de remontée est vraiment performant, elle peut s'intégrer dans une démarche stratégique de Knowledge Management.

Ici, le défi réside dans le fait de prévoir cette possibilité d'expression. Nous en parlons un peu plus bas pour les conseils techniques.

Nous pouvons également établir un lien avec la qualité du recrutement. Effectivement, parole est donnée aux salariés car nous considérons qu’ils sont les représentants de leur compétence. Donner la parole aux collaborateurs sur un sujet opérationnel donné, revient à reconnaître sans détour leur légitimité, appuyée sur leur compétence. A l'inverse, refuser la parole et l'expression aux équipes revient à mettre en cause ce fameux recrutement, dont l'entreprise est la seule responsable...dissonance cognitive : "je choisis mes employés car ils sont bons, mais dans les faits je ne les écoute pas car ils ne savent pas de quoi ils parlent..."

Et le manager dans tout ça ?

Prévoir l'encadrement de la parole, n’est pas simplement dire : "nous acceptons que les gens parlent". Cela implique la mise en place d'une véritable mécanique de récupération de la parole des collaborateurs.

Le rôle du manager ici est de créer un cadre sécurisant, voire logistique : une plateforme, une série de mails, des réunions, à vous de voir ce qui pourrait aller le mieux.

Cela peut être quelque chose de très formel, très encadré, et c’est précisément l'existence de ce cadre qui va communiquer la valeur donnée à la parole des collaborateurs.

Le mot clé ici, comme souvent en management est : rituel. Rituel de récupération de la parole et des remontées terrain.  Cela peut être fait sur une base thématique, par exemple organiser un atelier ou une réunion visant à récupérer l’expérience terrain sur ladite thématique (crise de la semaine dernière, lancement d'un nouveau produit). Cela peut être également fait sur une fonction ciblée (marketing, achats, logistique).

Par ces deux biais, et en proposant aux salariés de s’exprimer il y a deux enjeux fondamentaux :

  1. Le premier est stratégique pour l'entreprise parce qu'elle ne se prive plus d'informations chaudes obtenues directement depuis le terrain.
  2. Le deuxième, c'est l'engagement du collaborateur qui va se retrouver dans une véritable démarche de co-construction de la vie d'entreprise.

Enfin, en tant que Manager je vous invite à faire très attention au jeu politique interne à vos équipes. Il peut parfois inhiber les prises de positions, et les prises de paroles, surtout quand elles sont radicales et assumées. Là encore, le Manager doit être le garant du cadre et de la sécurité psychologique autour de cette récupération d’information. Il en va de votre éthique comportementale.

Olivier KAMEL


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