Réalité et déni en entreprise

Quelle part de frustration des salariés provient des attentes qu'ont ces derniers vis à vis de l'entreprise ? Quels sont les dénis de réalité auxquels is doivent faire face ? Cet article en présente 10 ainsi que des conseils pour les appréhender.

Réalité et déni en entreprise
Photo par Rubén Bagüés / Unsplash

Ah la réalité...

Réalité : Caractère de ce qui est réel, de ce qui existe effectivement. (Larousse)

Et son déni...

Déni de réalité : Mécanisme de défense du moi qui consiste à nier une perception traumatisante de la réalité extérieure. (Larousse)

Depuis mon démarrage de carrière en 2013, j'ai croisé de nombreuses personnes vivant dans une sorte de métaverse de l'entreprise dont les principales caractéristiques seraient celles glanées au fil des publications LinkedIn des meilleurs (lire "pires") influenceurs en management . En résumé, un enfer de bienveillance niaise et de fausses croyances partagées par les déçus de leur management.

Cet article a pour but de rétablir une sorte de vérité sur la réalité de l'entreprise.

Je vais être direct : cette réflexion est le fruit de mon expérience, elle est donc, limitée, contextualisée, circonstanciée, biaisée, influencée.

Alors pourquoi prendre le temps d'écrire ?

La réponse est simple : car ce constat s'étale sur plus de 10 ans à l'heure où j'écris ces lignes (nous sommes le 8 mai 2024), après des dizaines d'entreprises accompagnées en formation et/ou coaching sur plus d'une vingtaine d'industries.

Pardonnez mon ego, toutefois je m'accorde une certaine légitimité terrain pour aborder ces sujets.

En avant !

Enjeux de perception de la réalité en entreprise

L'impact des choses sur nous vient parfois du simple décalage entre l'attente placée dans cette chose et la réalité de cette dernière.

En d'autres termes, et appliqué au sujet qui nous concerne, de nombreuses personnes arrivent en entreprise sans y avoir véritablement été préparées, bien souvent à cause d'une forme d'omerta générale qui interdirait de transgresser le politiquement (et le LinkedInement) correct, et donc de délivrer un message cru, certes, mais réel et, je l'espère, préparatoire.

L'idée de fond, terrifiante lorsque l'on y pense, concernant l'enjeu, est de se dire que les salariés (aussi bien managers que leurs subordonnés) vivent dans une réalité qu'ils ne connaissent pas et surtout qu'ils ne veulent pas reconnaître quand bien même elle s'imposerait à eux brutalement.

C'est une déformation du réel perçu par les filtres internes de chacun. La grande majorité des relations en entreprises gardent en fond, comme un moteur en veille, le rapport de force sous-jacent. Je pourrais développer le sujet dans un autre article si vous manifestez de l'intérêt pour celui-ci.

J'ai souvenir d'une amie lors de mon année de MBA qui, au cours d'une conversation sur le sujet du management répondait à mon analyse : "mais c'est horrible de voir le monde comme ça, moi je préfère chercher le positif dans toutes personnes, toutes situations, la vie est bien plus facile".

Que nous soyons entendus, je suis un fervent réaliste en ce sens que je considère que chaque situation comporte son lot de positif et de négatif. En somme, je ne vois le verre ni à moitié plein, ni à moitié vide mais bel et bien les deux à la fois.

Je suis arrivé à la conclusion que : plus le rapport de force est clair, établi, et plus les ambitions, déclarées ou non, sont claires, plus le cadre (informel) est défini et plus les interactions se passent sans encombre.

L'enjeux est donc multi-niveaux. Relation entre subordonnés, relation entre managers, relation entre managers et subordonnés, relation entre subordonnés et managers, tout est concerné par cette compréhension fine de la réalité.

D'une manière générale, je pourrai pousser la réflexion jusqu'à la relation entre l'individu et l'entreprise qui l'emploie.

10 dénis de réalités en entreprise (et quelques conseils de survie)

1. Vous n'avez pas choisi vos équipiers

Que vous soyez managers ou subordonnés, dans la grande majorité des cas, vos collaborateurs ne vous ont pas sélectionné, pas plus que vous ne l'avez fait pour eux d'ailleurs.

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Conseil n°1 : ne perdez jamais de vue que la relation en entreprise est avant tout contractuelle et que les différents acteurs viennent pour satisfaire leur besoin propre.

2. Vous n'avez pas choisi votre direction

Non deux entretiens de 40 minutes dont un en visio ne permettent pas de se connaître. Ici, même rengaine qu'au dessus au sujet du contrat. J'ajoute une chose : qu'on se le dise, en entretien, dans la majorité des cas, tout le monde essaie de séduire tout le monde. Quand bien même vous ne conviendriez pas pour le poste, le recruteur a pour mission de vous faire continuer d'aimer la marque, pour laquelle vous resteriez potentiellement client...tout un programme.

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Conseil n°2 : en plus d'appliquer le conseil n°1, tâchez d'identifier et de définir clairement les ambitions de chacune des parties prenantes avec lesquelles vous interagissez. Plus rapide sera l'identification, plus pertinent pourront être votre comportement et positionnement.

3. Le pouvoir et l'argent restent deux motivations bien réelles

Faites un sondage rapide autour de vous avec ces deux questions simples :

  1. Est-ce que tu continuerais de travailler dans ton entreprise pour 70% de ton salaire ?
  2. Qu'est-ce qui fait que tu ne quittes pas ton entreprise aujourd'hui ?

Je vous garantis que vous seriez surpris par les réponses. D'ailleurs, si vous souhaitez partager avec moi les résultats de votre mini enquête, écrivez-moi sur olivier[@]le-journal-du-management.com

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Conseil n°3 : Gardez à l'esprit qu'il y a les dits et les non-dits. Qu'il y a les "dires" dans certains contextes et les "dires" dans d'autres. Je ne dis pas que tout le monde aime l'argent et le pouvoir mais que vous devriez vous atteler sérieusement à savoir détecter ceux dont c'est le cas.

4. La politique est partout en entreprise

Dès que vous dépassez le stade du centre opérationnel, au sens des travaux d'Henri Fayol (que vous pourrez découvrir en téléchargeant le livre blanc), la politique est partout. Cette dernière vous mettra d'ailleurs face à des situations dont la logique semble inexplicable au niveau des affaires. Ne vous y trompez pas, la politique et ses acteurs poursuivent des agendas spécifiques, parfois (souvent ?) au service d'une ambition personnelle.

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Conseil n°4 : Que vous aimiez la politique (en entreprise) ou non, le conseil est de vous familiariser au moins avec son existence et de développer votre capacité à la détecter. Ce sera déjà une première bonne étape, ensuite, c'est à vous de voir si vous souhaitez entrer dans la partie ou non.

5. Nous n'avons pas tous les mêmes niveaux d'éthique et d'intégrité

L'époque moderne, et le métro parisien pour ceux qui le connaissent, nous le montrent chaque jour : l'éducation civique n'est plus harmonisée. Chacun y va de sa propre interprétation de la situation, souvent dans une mécanique de revendication de différence ou de spécificité d'une communauté. Au feu les phrases "c'est du bon sens", "c'est logique", "ça me paraît évident".

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Conseil n °5 : Questionnez, faites préciser, assurez-vous d'avoir compris. Et si vous êtes en position de management : communiquez, expliquez, encore et recommencez. En d'autres termes, ne laissez rien à l'appréciation personnelle, vous risqueriez d'être surpris, voire déçus.

6. La méritocratie s'efface devant le "piston"

Dur à concevoir et dur à écrire...et pourtant. Il vaut parfois mieux partager une cigarette au bon moment avec la bonne personne plutôt que d'avoir des résultats éclatants. Certains managers sont essentiellement menés par leurs émotions. S'ils vous aiment bien, sachez que cet amour pourrait occulter certains de vos mauvais résultats.

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Conseil n°6 : que vous soyez réservés ou non, tâchez d'entretenir de bonnes relations avec le maximum de vos collaborateurs. Engagez de petites conversations régulières. Ecoutez avec attention, soulignez les changements de couleur de cheveux, les nouvelles chemises. Soulignez ces nouveautés. Les individus adorent que l'on parle d'eux et qu'on les complimente. Renseignez-vous sur la notion d'entregent.

7. Votre manager est garant de la performance, pas de votre motivation

Pied dans le plat : votre motivation est un outil pour votre manager dans l'atteinte des objectifs de performance fixés par la Direction. Gardez également à l'esprit que la motivation est avant tout une affaire personnelle, et cela pour une raison simple, car nous ne sommes pas tous mis en mouvement par les mêmes choses. Demander au manager de motiver les troupes est impossible. Je vous invite à réfléchir sur l'affirmation suivante : "un bon manager ne motive pas toujours, un mauvais manager, lui, démotive toujours".

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Conseil n°7 : asseyez-vous un instant et questionnez-vous réellement sur ce qui vous fait vous lever le matin pour rejoindre le bureau (marche aussi lorsque vous êtes en télétravail). Prenez toujours la pleine responsabilité de la démarche initiale de votre action.

8. Votre manager n'est pas votre père (ou mère)

Sauf si vous travaillez en famille...et que c'est vraiment votre père. Blague à part, quand bien-même votre activité serait une affaire familiale, n'attendez pas, et n'acceptez pas d'ailleurs, de comportements paternalistes/maternalistes. Notez d'ailleurs que ces derniers peuvent être indistinctement l'œuvre d'un homme ou d'une femme. Je fais référence ici aux discours moralisateurs, du genre "je ne sais pas ce que vous faites le matin pour arriver toujours en retard au bureau !?" ou encore "c'est bien tu progresses, je suis fier de toi !".

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Conseil N°8 : ce conseil s'applique d'une manière indirecte. C'est à dire que vos interlocuteurs se positionneront d'autant plus en position de Parent que vous vous positionnerez en Enfant. En d'autres termes, faites de l'Adulte votre position de vie standard.

9. Vous n'êtes pas des chiens qui ont besoin de caresses pour se sentir aimés

Oui cette phrase est un peu dure, mais j'espère qu'elle a le mérite d'être claire. La mode est à la quémande systématique de reconnaissance or, cette dernière relève de la relation entre deux individus éduqués qui, reconnaissant l'apport de l'autre partie, lui ferait savoir par une gentille parole. Le problème en entreprise est que nous ne sommes pas tous éduqués par les mêmes environnements et, à ce titre, ne répondons pas de façon similaire aux mêmes stimuli.

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Conseil n°10 : pour éviter de vous perdre en frustration inutile due au manque de reconnaissance par votre management, gardez à l'esprit que vous effectuez votre travail dans le cadre de l'application d'un contrat...de travail. La reconnaissance, nécessaire et bienfaisante, n'est parfois que la cerise sur la gâteau.

10. Souvent vos managers ne savent pas ce qu'ils font...et parfois vous non plus.

Nous sommes tous humains, donc inconsistants, irréguliers, avec nos besoins, nos ambitions, nos biais. Ajoutez à cela que la grande majorité des managers accèdent à ce poste sans formation et vous comprendrez mieux ce point n°10.

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Conseil n°10 : mettez votre attention sur ce que vous pouvez contrôler ou influencer. Le reste n'engendrera que frustration.

Olivier KAMEL


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